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22/02/2006

Motu et Lumine

J'aimerais vous parler aujourd'hui d'un endroit très spécial, le musée Isabella Steward Gardner.

 

Ce musée est en fait la maison d'Isabella Gardner, transformée en musée selon sa volonté, et suivant 2 principes : que les choses restent exactement telles qu ' elle les avait voulues, conçues et disposées, et que puissent entrer gratuitement toutes les Isabella qui se presenteront. Un clin d 'oeil sympathique, mais je ne m'appelle pas Isabelle, hélas. Sa collection a été constituée en 30 ans de voyages et d'acquisition diverses, et aurait été dispersée faute de descendance directe ( Isabella perdit son seul enfant d'une pneumonie à l'age de 2 ans) si elle n'avait eu l'idée de génie d'en faire don a la ville de Boston.

Ouvert en janvier 1903, il compte 2500 oeuvres d 'art de toutes sortes : tableaux, gravures, sculptures, livres anciens, etc...

Voila pour la présentation générale du lieu.

 

Pour ma part, je classerai cet endroit parmi les lieux magiques.

Dans les miroirs, on s'attendrait a voir surgir derrière soi la silhouete d'Ísabella, venant vous demander si vous aimez sa maison. Je suis sure qu 'elle continue a y habiter, je ne puis imaginer cet endroit autrement que hanté.
En fait, le musée lui meme est une oeuvre d 'art. Au dela de la profusion des toiles et des objets, par eux memes remarquables pour beaucoup, c 'est la manière dont tout est agencé qui crée cet effet de magie.

On peut y voir beaucoup de peintures italiennes du Quatrocento ( Boticelli, Titien, Veronese, Ucello, mais aussi Rembrandt : un très bel autoportrait de l 'artiste á 23 ans ), des sujets et objets religieux . Il y a quelque chose de délicieusement morbide dans la multiplication de ces scènes de crucifixion, de ces pieta.
Omnipresence du sacré, ou des sacrés, a travers les tableaux, vitraux et autres bancs d 'église importés
d 'Europe, les autels et sarcophages romains du jardin, tout se mélange ( art européen, fresques japonaises, meubles chinois incrustés de nacre, vestiges antiques...) pour créer une athmosphère unique.
Je croise une céramique representant une pieta, portant ces mots “O vos omnes qui transitis per viam:
attendite et videte si est dolor similis sicut dolor meus
. ” et je pense au motet composé par Victoria, autours de de cette phrase. Les arts s'appellent les uns les autres, le lieu est inspirant.
Il y a d'ailleurs une grande salle, obscure pour protéger les tapisseries de la lumière, au plafond fait de boiserie sombres, qui sert de salle de concert. Un piano est installé à demeure, et j 'imagine assez ici se dérouler un bal, quelquepart entre Barry Lyndon et le Bal des Vampires.
Chacune des grandes pièces compte une cheminée, parfois gravée d 'une maxime (dont motu et lumine ) , entouree de divans “profonds comme des tombeaux”  , d 'un écritoire avec plume et encrier, de chaises ornées d 'émaux...
Tout est theatralisé. Ainsi, au 2e etage, un buste de Benvenuto Cellini regarde, au travers des fenetres en arcade, le portait d 'Isabella dispose dans une autre salle. Cela rien d 'évident, il faut penser à suivre le regard de la statue pour s'apercevoir de la mise en scène.
Très beau portait, d 'ailleurs, peint par John Singer Sargent, présentant la dame dans une sobre robe noire mais les bras nus, parée de bijoux ( un collier et une ceinture de perles, des rubis comme boucles a chaussure) et posant devant une tapisserie qui semble faire éclore un nimbe autours de sa personne: de quoi sacandaliser grandement la bonne société puritaine du Boston de l'époque, ce qui fut le cas.

Au dela de tout ça, je retiendrai le jardin, qui est un univers en lui meme.
L'hivers, un accord de fleurs blanches ( arums, orchidees, azaleées) et de jaune ( jasmin, orchidees encore) .
C 'est un jardin interieur, entre le patio et le jardin d'abbaye, ceint d'un cloitre qui sert de coursive,et couronné d'un toit de verre..Les facades enclosant le jardin sont celles d'un palais vénitien, aux fenetres gothiques et à la pierre ocrée
De tous les étages, de toutes les fenetres le jardin est visible et revèle une facette differente. La, un crapeau pétrifié a coté d'une amphore, au pieds de la fontaine. Ici, une statue de Diane qui fait face a un tröne antique, ou j'imagine Isabella venir s'assoir. Etrangement, la déesse a une pose qui est presque une pose de déférence, la tete légèrement inclinée, une main remontée sur la poitrine.
Entre les fleurs, des sarcophages romain sculptés de bas reliefs, et au centre, la figure de Méduse en mosaique. On s'attendrait a croiser un faune vivant au detours d'une colonade, à voir s 'animer les statues.
J'imagine de jardin la peint par Moreau ou Rossetti, pour son je ne sais quoi de profondément paien et/ou symboliste. Il incite a la contemplation, la la méditation, comme les jardins japonnais dont il s'inspire également. On y passerait des heures, à dessiner, à écrire ou à rever.

 

Il est interdit de prendre des photos, mais le musée possède un site web 

http://www.gardnermuseum.org/the_museum/isabella.asp

 

 

1. le mouvement et la lumiere

2. extrait de “la mort des amants”de Baudelaire

00:39 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Merci pour la visite, c'est comme si on y était !

Des bises.

Écrit par : Helene | 22/02/2006

Les commentaires sont fermés.