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29/05/2007

Du provisoire qui dure...

Une chose me surprend souvent lorsque je participe à des formations, lorsque j’entend des commentaires sur ce métier nommé « accompagnateur à l’emploi » ( ailleurs « conseiller en insertion professionnelle », « formateur »,…), c’est cette remarque qui revient inévitablement : c’est un métier qu’on ne peut pas exercer longtemps, il faut le faire 3 à 5 ans et puis changer. (Hum…aurai-je dépassé à l’insu de mon plein gré la date de péremption ?)
Pourquoi cela ? Pourquoi ne dit-on pas aux travailleurs sociaux, aux enseignants, aux éducateurs qu’ils ne peuvent exercer leur métier de manière honnête que 5 années ?
Est ce un moyen de nous expliquer que nous faisons un sous-métier, qui ne serait qu’une solution palliative avant d’en trouver un autre, un vrai, une fois la première expérience acquise ? Un sous-métier, sous-payé, pour s’occuper des sous-citoyens…cela ne manque pas de cohérence en effet !
Une chose est sure, c’est qu’il est difficile de « faire carrière » sur un poste d’accompagnateur ou de formateur. Pas de perspective d’évolution du poste, ni d’augmentation de salaire : pour moi c’est la seule raison qui pourrait me pousser à changer de boulot un jour.
L’autre défi est qualitatif, ou, plutôt, humain : comment arriver à rester « frais » suffisamment, ne pas se laisser gagner par des automatismes de procédure ou de pensée, ne pas être aigri par le manque de marge de manœuvre que nous avons sur nos structures, découragés par les Himalaya que nous rencontrons sans pouvoir les gravir ou les contourner, par les lourdeurs institutionnelles, les politiques locales et nationales, le marché de l’emploi, les infinies déclinaisons de la misère qui visitent chaque jour nos bureaux…
Ceci dit, alors que se multiplient partout et y compris dans l’insertion et la formation les « procédures qualité », on nous demande, sur le fond, de moins en moins de qualitatif vrai. Accompagnateurs à l’emploi, nous avons un chiffre à faire au même titre que des commerciaux, un objectif à atteindre : il s’agit de faire en sorte que X personnes chaque année décrochent un contrat de travail
-non pas un emploi qui leur convienne ou les aide à s’épanouir, mais un boulot les fasse sortir du dispositif RMI, disparaître, fut ce juste pour quelques mois, des statistiques du chômage…
Malheur à celui qui ne remplit pas son quota, il risque sa place.
Malheur au stagiaire qui ne rentre pas dans les bonnes cases au bon moment, il risque son RMI.
A coté de cela, on assiste d’années en années à la fonte des ressources : les formations linguistiques ont disparu, les remises à niveau deviennent rares, les accompagnements purement sociaux sont supprimés… Or, comment peut on courir si on n’a pas appris à marcher ? Comment peut on marcher avec les 2 jambes brisées ? C’est bien joli d’arguer « tous des fainéants » et de plastronner avec des formules « il faut remettre la France au travail », encore faut il s’en donner réellement les moyens, avec des politiques de l’insertion cohérentes et efficaces, et non pas des effets d’annonces et des dispositifs plus proche d’onéreux emplâtres pour jambes de bois que d’aide réelle aux personnes.
Un des moyens de réaliser cela serait sans doute de donner un véritable statut aux acteurs de l’insertion socioprofessionnelles autre que les travailleurs sociaux, de leur assurer des salaires et des conditions de travail décents.
Ainsi, on entendrait plus aussi souvent dire « c’est un métier qu’on ne peut faire que 3 ou 5 ans » …

17:13 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (2)