05.01.2010
La première victoire de l'année
2009 s’était terminée sous le signe du renouveau professionnel : une démission, une reconversion, le tout dans une ambiance de régénération particulièrement agréable.
2010 commence dans la foulée, avec cette ambiance de satisfaction et d’espoir.
Je me demande si on peut « tomber amoureux » d’une entreprise et d’un métier comme d’une personne, tant j’ai l’impression, depuis que j’ai commencé mon contrat pro, d’avoir cette même force intérieure et cette même joie de tous les instants. Chaque jour, j’apprends quelque chose de nouveau, je nourris mon esprit, mon présent et, j’espère, mon futur aussi.
Le sentiment de victoire que j’ai ressenti quand j’ai pu concrétiser mon souhait d’entamer une formation m’a donné un peps que je n’avais pas eu depuis très longtemps. Sans doute parce que pour la 1er fois, j’ai réellement choisi ce que je voulais faire, et j’ai œuvré sans m’économiser pour que cela arrive. Il a fallu aussi un coup de pouce du destin, qui mériterait bien un cierge de remerciement pour le Grand Esprit.
J’ai l’impression de vivre une période très privilégiée en ce moment, sans doute me paraît-elle d’autant plus faste que les périodes précédentes ont été dures. Je redécouvre le plaisir de travailler, de s’investir, de bosser sans compter ses heures. (enfin, en les comptant juste assez pour le pointage des heures sup’, qui mettent quand même du beurre dans mes épinards de smicarde)
Bien sur, il ya des fois où j’ai l’impression que la tâche me dépasse, comme une petite souris devant le Mont Blanc, avec la peur de me planter, de ne pas y arriver. Bien sur, c’est un rythme de vie intense et fatiguant, qui impose de faire pas mal de sacrifices à coté. Bien sur aussi, je suis en CDD et n’ai aucune garantie d’être gardée par l’entreprise qui m’accueille aujourd’hui. Mais qu’importe : c’est du bonus tous les jours.
J’ai aussi la chance de faire partie d’une promo de formation où règne une très bonne ambiance, avec des gens sympathiques que j’ai plaisir à retrouver et à côtoyer : ça compte.
La première récompense tangible, c’est la note qu’on nous a rendue aujourd’hui, après rendu et soutenance d’un 1er mémoire en décembre. Au final, j’ai obtenu A à l’écrit comme à l’oral, soit la note maximale. Et bien…c’est fort agréable pour l’égo ! ça fait plaisir, c’est récompensant pour le travail accompli et encourageant pour la suite.
Ce A à l’oral, commenté d’un « vous êtes très à l’aise à l’oral et très claire dans vos exposés » me rappelle immanquablement la lycéenne à la voix inaudible, terrorisée par l’idée de prendre la parole en classe, l’étudiante qui a foiré sa soutenance de maitrise par timidité (et manque de préparation), la chanteuse qui a failli vomir ou pleurer sur scène par excès de trac…
Je me dis que j’en ai fait du chemin, les années passant, pour arriver aujourd’hui à cette réussite. Cela me permet aussi de me défaire en partie de cette anxiété devant l’évaluation : autant les contenus de formation étaient des sortes de gourmandises, autant l’idée d’être en situation d’examen et d’être noté me mettait plus mal à l’aise.
Reste à voir comment va se passer, vendredi, le 1er « devoir sur table » de la série et de l’année…Reste aussi à maintenir le cap et le niveau pour les épreuves à venir, car elles sont nombreuses.
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25.09.2009
Es ist vollbracht
C’est accompli.
Je trouve dans ma boite à lettre l’accusé de réception de ma lettre de démission, envoyée vendredi. J’aurais pu mieux faire en terme de formulation, résumer la situation pourrie qui m’a amenée à démissionner, notifier leur refus de négocier une rupture conventionnelle de contrat, lister les précédents courriers restés lettre morte, rappeler toutes les irrégularités dont ils se sont rendus coupables, bla blabla…Mais non, je suis allée au plus court et au plus direct, sans justifications ni explications.
Je m’en vais.
J’avais déjà quitté virtuellement cette association depuis longtemps, ayant depuis plus d’un an entamé des recherches actives d’emploi ailleurs. Je l’avais quitté physiquement depuis avril, en arrêt maladie prolongé pour cause de burn-out. Un temps mis à profit pour me reposer mais aussi pour me battre. Me battre contre eux pour obtenir mes droits, me battre pour moi, pour m’assurer un avenir meilleur. Il faut croire que j’ai eu raison, puisque mes démarches ont abouti, et que j’entame lundi un nouveau cycle professionnel. Adieu donc le monde de l’insertion et du social, j’ai donné 8 ans à aider les autres, je passe à autre chose. Un peu dégoutée de ce milieu, pour y avoir croisé trop d’hypocrisie, de magouilles, de mesquinerie et autres petites choses dégueulasses, mais riche aussi de toutes les belles rencontres que j’y ai faites : certain(e)s collègues, bénéficiaires, etc.
09:56 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.12.2008
Echange de bons procédés
Mes bénéficiaires ne sont jamais en reste concernant les incongruités et autres bizarreries, en témoigne le bêtisier qui existe quelque part dans ces pages.
Celui de ce matin m'en a sorti une formule jusqu'ici inédite.
Il devait se rendre à un entretien d'embauche et passait prendre des CV. Je lui demande de me tenir au courrant et de bien m'avertir s'il est embauché. Ce à quoi il me répond " T'inquiète pas, si j'ai le travail, je t'amène le couscous, on fait la fête et même, je te trouve un mari ! "
Fichtre ! Il m'est déjà arrivé de recevoir des fleurs ou des chocolats en remerciement, mais celle là, j'avoue, je l'avais pas anticipée…
15:42 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.04.2008
Dispensés!
On entend ces derniers temps parler de la suppression de la «dispense de recherche d'emploi», qui concernait depuis 1985 les chômeurs âgés de plus de 57 ans, présentée de la manière suivante « grâce à la suppression de cette dispense, les seniors auront de nouveau le droit de chercher du travail ».
Dissipons un premier mensonge, pour commencer : cette dispense, si elle exempte d'avoir à produire les preuves de recherche d'emploi et de pointer chaque mois à l'assedic, n'a jamais interdit à quiconque le souhaitait de continuer à chercher du travail, et même, parfois, d'en trouver.
La suppression de cet aménagement, c'est juste cohérent avec cet esprit qui veut reculer l'âge de la retraite toujours un peu plus loin (genre, si elle peut coïncider avec la date de votre décès vous êtes le citoyen parfait), faire travailler les gens toujours plus (revenons à l'esclavage, ça réglera tous les problèmes d'un seul coup...) etc. C'est cohérent aussi avec cette chasse à l'inactif mené par nos institutions depuis quelques temps : haro sur le chômeur, le rmiste, bref, le parasite qui vit au crochet du bon citoyen (celui qui fait plus de 35 heures et ne prendra jamais de retraite, donc).
Sauf que...
Sauf que si on faisait le compte des gens qui se sont fait dégager de leur postes aux abords de la cinquantaine par ces sacro-saintes belles entreprise, si on considérait le peu d'employeurs qui acceptent d'embaucher des « seniors » comme on dit poliment et encore, dans quelle conditions... on s'apercevrait vite qu'il y a, comme dirait Fernand Raynaud, « comme un défaut », et surtout une énorme hypocrisie dans tout ça.Il est clair que l'âge constitue un frein objectif pour le reclassement, pas un professionnel de l'insertion ne dira le
contraire.
C'est déjà compliqué quand vous êtes sur un métier où l'âge n'a pas d'incidence directe sur votre activité, parce qu'on va vous reprocher d'avoir trop d'expérience, un diplôme périmé, des prétentions salariales trop élevées, etc Même si vous candidatez sur un poste en dessous, on préférera l'attribuer à quelqu'un d'autre en vous expliquant « mais, avec le parcours que vous avez, vous allez vous ennuyer!» tout en pensant « les vieux ça fait pas dynamique dans une équipe ».Et si vous êtes dans un métier où le poids des apparences et/ou la bonne santé physique sont importantes, ça se complique encore plus. Allez convaincre une entreprise d'embaucher un manutentionnaire, une secrétaire, une vendeuse ayant passé la cinquantaine...
Je ne dis pas que c'est perdu d'avance : j'ai eu en suivi des personnes qui ont relevé ce défi là. J'en connais aussi un grand nombre (le plus grand nombre peut être), pour qui ce ne sera pas possible. Surtout quand le fossé se creuse au fil des années d'inactivité : au frein de l'âge s'ajoute alors celui d'une période de chromage parfois importante, et là, bon courage !
Depuis quelques temps, la part des plus de 50 ans dans les personne que je retrouve parmi mes suivis augmente sensiblement.
Devenus Rmistes après avoir été salariés (cadre ou manoeuvre, c'est égal), vivotant de l'ASS, ils ont vu leur niveau de vie s'effondrer et avec lui leurs espérances, leurs perspectives. Jusqu'ici, on leur épargnait encore le flicage en proposant un accompagnement à l'emploi, auquel ils étaient libres de consentir ou pas, on prenait en compte qu'avec leur âge et leur carrière ils avaient finalement mérité qu'on leur fiche un peu la paix. Époque révolue.
Alors quoi? On va inventer encore un contrat aidé de plus, avec un beau titre, genre «le contrat de la dernière chance», qui permettra aux entreprises d'embaucher à vil prix , sur les deniers publics, du personnel corvéable à merci, sous payé et qui-doit-dire-merci-car-on-lui-a fait-la-grâce-de-l'embaucher? On va instaurer des « quotas » où chaque entreprise, au pro-rata de son nombre global d'employés, se devra d'avoir son nombre légal de vieux, comme cela existe déjà avec les handicapés ? Ou on va appliquer des mesures de rétorsion à la mode du style réduction des indemnités au bout de X tentatives infructueuses, interdiction de refuser un poste proposé, etc?
Je rigole doucement aussi quand j'entends dire « à partir de 55 ans, vous pouvez entamer une seconde carrière, vous former, blablabla ». Mais bien sur... quand on sait à quel point il est difficile dans ce pays d'entamer une reconversion, quel que soit l'âge, ça laisse songeur quant aux possibilités réelles offertes aux seniors sur ce plan. Ensuite, une fois de plus ce discours s'adresse au dessus du panier : je veux bien queles ex-chefs d'entreprises, les cadres sup' etc. puissent entamer comme ils disent « une seconde carrière ». Sauf que les gens que je vois moi, au quotidien, ils plus près du bac -5 que du bac +12 : alors, on lui propose quoi, comme seconde carrière, au manoeuvre qui s'est cassé le dos sur les chantiers, au plongeur illettré, à la couturière, à l'ouvrière qui a bossé derrière sa chaîne des années durant ?
20:00 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.11.2007
PLIE-Accademy
Voilà une idée brillante :je vais monter une troupe, avec mes bénéficiaires ! Je me demande dans quelle mesure, si ça se faisait, je ne gagnerais pas plus là qu'en tant qu'accompagnateur à l'emploi, mais bon…ce n'est pas le propos .
J'ai en effet parmi mes suivis du moment : un réalisateur bulgare, un auteur-compositeur interprète façon romantique torturé, un musicien gipsy, une graphiste-designer….Il ne me reste plus qu'à les faire bosser ensemble et nous tenons une bonne équipe: un qui compose, un qui interprète, un qui filme le clip et la 4e pour illustrer la pochette du CD. Pour ce qui est du spectacle live, je suis sûre qu'en sollicitant mes collègues, ont pourrait trouver dans leurs dossiers des techniciens du son, éclairagistes etc, Et même de quoi enrichir la formation de percussionnistes, choristes, danseurs …Nous voilà prêts à concurrencer la Star'Ac, avec la PLIE-Accademy.*
Mais soyons lucide : aucune de ses personnes ne trouvera d'emploi en relation avec son art.
Recevoir ce genre de public revient à endosser l'uniforme de la fée Carabosse, celle qui dit : " C'est chouette, mais sinon, comme métier-pour-gagner-votre-vie, on cible quoi ? ", en un mot, amener l'épreuve de réalité.
Il n'y a pas grand chose de gratifiant à devoir expliquer aux gens qu'ils doivent renoncer à l'idée de vivre de leur art, ranger ça dans la case "loisirs", accepter de devenir grand et chercher un "vrai" boulot. Expliquer que les institutions ne sont pas des mécènes et que le Conseil Général n'est plus d'accord pour payer des RMI à des gens en capacité de travailler, d'être productifs, mais qui ne le font pas parce qu'ils préfèrent se consacrer à leur passion.
Parmi tous ceux là, il faut encore distinguer les dilettantes qui considèrent que gratter la guitare 2heures par semaine fait d'eux un artiste, ceux qui se cachent derrière ce prétexte pour éviter d'entrer dans la vie active ; et ceux qui s'investissent réellement dans leur art. Les premiers, on peut les convaincre de remettre les pieds sur terre pour peu que leurs stratégies de contournement ne soient pas trop systématiques.
Pour les autres, quand on sait ce que représente comme boulot la pratique d'un art à un niveau peu ou prou professionnel, on se doute bien que cela n'est pas vraiment compatible avec un autre métier.
Hier, le RMI les faisait vivre, en attendant un statut d'intermittents du spectacle pour certains, en subside de type "mécénat social " pour les autres.
Mais le "tout à l'emploi" actuel marche sur ce genre de considérations.
A certains égards, on se demande même à quel point la culture n'est pas en passe d'être considérée comme superflue dans la société qui se dessine.
* PLIE : Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi. C'est le dispositif d'insertion pour/dans lequel je travaille.
10:19 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.06.2007
Mobilis in mobile
Suite à l'intervention de mon ami Maître Chronique sur ma précédente note, je me permets de rebondir sur cette histoire de mobilité.
La mobilité, avec la polyvalence, est devenue une des vertus cardinales du salarié moderne. Traduction : vous devez être capable de faire tout, n'importe quoi et n'importe ou. De l'adaptabilité poussée à son paroxysme, c'est à dire l'ère où le salarié est un pion interchangeable et non plus une personne.
A l'opposé, j'ai eu des exemples extrêmes, quand je travaillais à Marseille, de la non-mobilité.
En général, on débusquait les concernés par une question simple : " vous recherchez du travail dans quel secteur ?" Secteur s'entendait secteur professionnel dans l'idée première, mais nombre de personnes le prenaient au sens géographique du terme, et n'hésitaient pas à nous répondre candidement "le 15e arrondissement !" ou "la Belle de Mai !" -il s'agissait en général de leur quartier, du périmètre de 2 à 5 km entourant leur domicile.
Au-delà, l'aventure, la jungle, les crocodiles…bref, point de salut en dehors de ce qui pouvait exister dans leur petit pré carré. (Le pompon fut décroché un jour par une dame qui voulait travailler comme femme de ménage, mais exclusivement dans sa cage d'escalier…Je fus tentée de lui suggérer que si elle acceptait d'étendre sa zone d'activité au trottoir devant son immeuble, ça lui offrirait certainement des possibilités de rémunérer ses services autrement, mais …là n'est pas le propos.)
Je me souviens de personnes pour qui prendre le bus, ou pire : le métro, changer d'arrondissement, traverser la ville, passer des quartiers Nord au centre ou aux quartier Sud n'était, simplement, pas envisageable. Je leur aurai proposé d'aller en Terre Adélie, j'aurai vu sur leur visage le même air effaré. Je veux bien que Marseille ne soit pas championne des transports en communs, et qu'il soit légitime d'espérer se simplifier la vie en limitant des temps de trajets coûteux en fatigue, argent, temps et organisation personnelle ; mais quand même !
Il arrivait que nous fassions remarquer à certains que mes collègues et moi-même faisions tous entre 60 et 100 kms de trajet journalier domicile/travail ; cela nous valait généralement d'être regardés comme des extra-terrestres ou d'essuyer un "oui mais bon avec la paye que vous avez, vous pouvez le faire" -Bah tiens, c'est connus, on a des payes de ministre et des voitures avec chauffeur de maître, nous autres ! (les pauvres, s'ils avaient vu la tronche de ma fiche de paie, avec mon mi temps et mes 600 euros mensuels de l'époque.
Mais sortons de l'anecdote.
J'admire les gens qui choisissent de s'expatrier pour faire des choses qu'ils jugent plus intéressantes, plus rémunératrices ailleurs, ou parce qu'ils estiment que les conditions de vie sont meilleures sous d'autres cieux.
Mais pour autant, cela doit-il devenir une règle absolue ? Est-ce un choix plus noble que celui de vouloir rester proche de ses attaches affectives, géographiques, ou familiales ?
En arriverons nous un jour à un système où, tout étant subordonné aux exigence du Travail et de la Rentabilité, chacun deviendra un exilé obligatoire, sommé de suivre, au mépris de sa vie personnelle, les pérégrination géo-économique des entreprises, s'il veut conserver le luxe d'avoir un emploi ?
15:40 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29.05.2007
Du provisoire qui dure...
Une chose me surprend souvent lorsque je participe à des formations, lorsque j’entend des commentaires sur ce métier nommé « accompagnateur à l’emploi » ( ailleurs « conseiller en insertion professionnelle », « formateur »,…), c’est cette remarque qui revient inévitablement : c’est un métier qu’on ne peut pas exercer longtemps, il faut le faire 3 à 5 ans et puis changer. (Hum…aurai-je dépassé à l’insu de mon plein gré la date de péremption ?)
Pourquoi cela ? Pourquoi ne dit-on pas aux travailleurs sociaux, aux enseignants, aux éducateurs qu’ils ne peuvent exercer leur métier de manière honnête que 5 années ?
Est ce un moyen de nous expliquer que nous faisons un sous-métier, qui ne serait qu’une solution palliative avant d’en trouver un autre, un vrai, une fois la première expérience acquise ? Un sous-métier, sous-payé, pour s’occuper des sous-citoyens…cela ne manque pas de cohérence en effet !
Une chose est sure, c’est qu’il est difficile de « faire carrière » sur un poste d’accompagnateur ou de formateur. Pas de perspective d’évolution du poste, ni d’augmentation de salaire : pour moi c’est la seule raison qui pourrait me pousser à changer de boulot un jour.
L’autre défi est qualitatif, ou, plutôt, humain : comment arriver à rester « frais » suffisamment, ne pas se laisser gagner par des automatismes de procédure ou de pensée, ne pas être aigri par le manque de marge de manœuvre que nous avons sur nos structures, découragés par les Himalaya que nous rencontrons sans pouvoir les gravir ou les contourner, par les lourdeurs institutionnelles, les politiques locales et nationales, le marché de l’emploi, les infinies déclinaisons de la misère qui visitent chaque jour nos bureaux…
Ceci dit, alors que se multiplient partout et y compris dans l’insertion et la formation les « procédures qualité », on nous demande, sur le fond, de moins en moins de qualitatif vrai. Accompagnateurs à l’emploi, nous avons un chiffre à faire au même titre que des commerciaux, un objectif à atteindre : il s’agit de faire en sorte que X personnes chaque année décrochent un contrat de travail
-non pas un emploi qui leur convienne ou les aide à s’épanouir, mais un boulot les fasse sortir du dispositif RMI, disparaître, fut ce juste pour quelques mois, des statistiques du chômage…
Malheur à celui qui ne remplit pas son quota, il risque sa place.
Malheur au stagiaire qui ne rentre pas dans les bonnes cases au bon moment, il risque son RMI.
A coté de cela, on assiste d’années en années à la fonte des ressources : les formations linguistiques ont disparu, les remises à niveau deviennent rares, les accompagnements purement sociaux sont supprimés… Or, comment peut on courir si on n’a pas appris à marcher ? Comment peut on marcher avec les 2 jambes brisées ? C’est bien joli d’arguer « tous des fainéants » et de plastronner avec des formules « il faut remettre la France au travail », encore faut il s’en donner réellement les moyens, avec des politiques de l’insertion cohérentes et efficaces, et non pas des effets d’annonces et des dispositifs plus proche d’onéreux emplâtres pour jambes de bois que d’aide réelle aux personnes.
Un des moyens de réaliser cela serait sans doute de donner un véritable statut aux acteurs de l’insertion socioprofessionnelles autre que les travailleurs sociaux, de leur assurer des salaires et des conditions de travail décents.
Ainsi, on entendrait plus aussi souvent dire « c’est un métier qu’on ne peut faire que 3 ou 5 ans » …
17:13 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.04.2007
Bêtisier, suite
Mon nouveau poste m’offre moins de possibilités d’enrichir mon bêtisier que l’ancien, néanmoins, je peux rajouter quelques anecdotes : Il y a quelques temps de cela, je convoque une dame qui était suivie depuis plus de 2 ans sur la mesure d’accompagnement à l’emploi, et pour qui ça ne servait à rien. Je la reçois de manière formelle, et lui dit : -Je vous ai convoquée pour parler de la fin de votre accompagnement Et elle, avec de grand yeux candides, me répond : - Pourquoi, vous partez ? Hum… de l’inscription à vie dans les dispositifs d’insertion… Comme le nom l’indique : Je tape aujourd’hui le Cv d’une dame qui a travaillé dans une banque joliment dénommée « Duménil-Leblé » La banque Leblé, j’adore !! Et parce que les bourdes ne sont pas toujours du même coté : Je faisais hier un mail de candidature pour une dame, et au lieu de préciser « titulaire du CAFAD » (diplôme d’aide soignante), je note « titulaire du CAFARD ». Là où le lapsus en devient vraiment un, c’est qu’il se trouve que cette dame est en cours de reconnaissance COTOREP pour dépression chronique …
11:33 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29.09.2006
Merci Dominique !
Dans la série "j'ai testé pour vous", après les CDD en rafale, arrangés à une sauce plus où moins légale, après le CDI piégé, mi temps avec des avenants au bon gré du patron c'est à dire pas souvent, j'inaugure : le CNE !
J'avoue que je m'y attendais pas, pensant que mon secteur professionnel n'était pas vraiment concerné par ce genre de contrat. C'était oublier à quel point le travail dans l'insertion est à la fois un travail SUR et DANS la précarité.
Je souris aussi en pensant à ceux et celles qui, histoire de faire bonne impression et d’assurer leurs arrières, jouent la comédie du salarié modèle pendant la période d’essai pour, une fois confirmé dans leur CDI, se laisser aller à leurs « petits travers » : avec le CNE, 2 ans à ce rythme là, c’est plus de la stratégie, c’est de la rééducation…(et si, finalement, c’était ça le but ?)
15:30 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
15.09.2006
Addendum
Je rebondis sur une remarque de mon dernier post.
J'ai remarqué pendant mes petites semaines de vacances-assedic que, quand tu annonces que tu as perdu ton boulot, les réactions des gens sont en général de 2 ordres. La première « mais comment tu vas faire? « et l'autre « et tu vas chercher dans quoi, alors, maintenant? »
Pour la 1er, c'est simple : ce que je vais faire, c'est toucher les assedics pour lesquels j'ai cotisé pendant mes années de salariat, et me mettre à rechercher un autre taf. (pourquoi? Je devrais songer à la corde ou au pistolet, me rouler par terre en pleurant, considérer que ma vie est finie parce que je quitte une boite où, somme toute, la vie n'a pas toujours été rose ces 5 dernières années?)
Ce qui nous amene à la 2e remarque : tu vas chercher dans quoi, maintenant. Comme si le deplacement ne pouvait pas être horizontal (la meme chose dans une autre boite : je change d'employeur mais pas de métier), seulement vertical (passer des concours, se reconvertir en secrétaire, en femme de ménage, en prof, en dieu sait quoi). Un peu comme si un secteur marqué par un « échec » devenait tabou.
Je trouve ça assez révélateur de la manière dont le monde du travail est perçu par les gens . Ou alors, de la manière dont mon métier est perçu (en effet, demanderait on à un cuisto s'il compte devenir plombier apres s'etre fait virer d'un restaurant....)
A contrario, les amis qui me connaissent bien, et qui sont des gens intelligents, m'ont dit « c'est le meilleur cadeau qu'ils pouvaient te faire ».
Je ne sais pas encore à quel point c'est vrai ou pas, mais je sais qu'il y a plein de choses que je ne regretterai pas de cet ancien boulot :les prises de tete avec la hierarchie, le management à la c### qui confine au harcelement moral,, les entourloupes sur les contrats, les 2 heures d'embouteillages quotidiens... Par contre, je sais pas si je retrouverai des relations aussi sympa avec les collègues : aller au boulot comme on va voir ses copines, etc... c'est une forme de luxe aussi.
12:05 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



