Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/06/2007

Mobilis in mobile

Suite à l'intervention de mon ami Maître Chronique sur ma précédente note, je me permets de rebondir sur cette histoire de mobilité.
La mobilité, avec la polyvalence, est devenue une des vertus cardinales du salarié moderne. Traduction : vous devez être capable de faire tout, n'importe quoi et n'importe ou. De l'adaptabilité poussée à son paroxysme, c'est à dire l'ère où le salarié est un pion interchangeable et non plus une personne.
A l'opposé, j'ai eu des exemples extrêmes, quand je travaillais à Marseille, de la non-mobilité.
En général, on débusquait les concernés par une question simple : " vous recherchez du travail dans quel secteur ?" Secteur s'entendait secteur professionnel dans l'idée première, mais nombre de personnes le prenaient au sens géographique du terme, et n'hésitaient pas à nous répondre candidement "le 15e arrondissement !" ou "la Belle de Mai !" -il s'agissait en général de leur quartier, du périmètre de 2 à 5 km entourant leur domicile.
Au-delà, l'aventure, la jungle, les crocodiles…bref, point de salut en dehors de ce qui pouvait exister dans leur petit pré carré. (Le pompon fut décroché un jour par une dame qui voulait travailler comme femme de ménage, mais exclusivement dans sa cage d'escalier…Je fus tentée de lui suggérer que si elle acceptait d'étendre sa zone d'activité au trottoir devant son immeuble, ça lui offrirait certainement des possibilités de rémunérer ses services autrement, mais …là n'est pas le propos.)
Je me souviens de personnes pour qui prendre le bus, ou pire : le métro, changer d'arrondissement, traverser la ville, passer des quartiers Nord au centre ou aux quartier Sud n'était, simplement, pas envisageable. Je leur aurai proposé d'aller en Terre Adélie, j'aurai vu sur leur visage le même air effaré. Je veux bien que Marseille ne soit pas championne des transports en communs, et qu'il soit légitime d'espérer se simplifier la vie en limitant des temps de trajets coûteux en fatigue, argent, temps et organisation personnelle ; mais quand même !
Il arrivait que nous fassions remarquer à certains que mes collègues et moi-même faisions tous entre 60 et 100 kms de trajet journalier domicile/travail ; cela nous valait généralement d'être regardés comme des extra-terrestres ou d'essuyer un  "oui mais bon avec la paye que vous avez, vous pouvez le faire"  -Bah tiens, c'est connus, on a des payes de ministre et des voitures avec chauffeur de maître, nous autres ! (les pauvres, s'ils avaient vu la tronche de ma fiche de paie, avec mon mi temps et mes 600 euros mensuels de l'époque.
Mais sortons de l'anecdote.
J'admire les gens qui choisissent de s'expatrier pour faire des choses qu'ils jugent plus intéressantes, plus rémunératrices ailleurs, ou parce qu'ils estiment que les conditions de vie sont meilleures sous d'autres cieux.
Mais pour autant, cela doit-il devenir une règle absolue ? Est-ce un choix plus noble que celui de vouloir rester proche de ses attaches affectives, géographiques, ou familiales ?
En arriverons nous un jour à un système où, tout étant subordonné aux exigence du Travail et de la Rentabilité, chacun deviendra un exilé obligatoire, sommé de suivre, au mépris de sa vie personnelle, les pérégrination géo-économique des entreprises, s'il veut conserver le luxe d'avoir un emploi ?

15:40 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Oui, bien vu tout cela, chère Eurydice. Et je m'autorise à ajouter que le temps semble venu où celui qui commet l'impardonnable erreur de rester trop longtemps sur un même poste de travail est voué aux gémonies des ayatollahs de l'économie ultra libérale (on en entend quelques uns chaque matin à la radio, sur différentes ondes, qui nous débitent leur bréviaire virtuel depuis leurs appartements feutrés du XVI arrondissement, voire de communes avoisinant Paris, mais du bon côté...) qui les considèrent comme de véritables fossiles, victimes d'une sclérose irréversible. Comme si, quelque part dans un recoin de leurs cerveaux simplistes, ces grands penseurs avaient décidé de nier l'existence de ce que l'on appelle l'expérience. Je ne supporte plus du tout ces appels au changement pour le changement... car on a bien compris qu'un vieux salarié coûte trop cher et qu'il menace avant tout la hauteur des dividendes.
Economie sans aucune vision à long terme, recherche du profit maximum dans le temps minimum. Gestion de la main d'oeuvre considérée comme une simple marchandise. Rétablissement de multiples forme d'esclavages, à l'échelle de la planète. Tout est lié en fait.
Tiens, la mobilité, puisqu'on en parle : c'est un exemple que feraient bien de suivre quelques vieilleries de la sphère politique hexagonales, inamovibles et scotchées à leurs privilèges depuis des décennies...
Rupture, vous avez dit rupture ?
Tu parles...

Écrit par : www.maitrechronique.com | 06/06/2007

Rupture il y aura ça c'est sur, mais pas dans le sens politiquement correct du terme : je ne sais pas vous mais je ressens une tension extrême
- des employeurs vers les salariés : "plus confiance, ne m'envoyez pas de bras cassés ou de membres de la CGT")
- des salariés et des demandeurs d'emploi vers les employeurs : "exploitation"
- des institutionnels entre eux

Quant à moi, aujourd'hui, je serre...

Écrit par : Helene | 08/06/2007

Entre l'immobilité forcée et la marche forcée, le choix est peu enthousiasmant. Et si la solution était de renoncer à la force?

Écrit par : Hercule Poivrot | 18/06/2007

Les commentaires sont fermés.