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18/12/2008

Echange de bons procédés

Mes bénéficiaires ne sont jamais en reste concernant les incongruités et autres bizarreries, en témoigne le bêtisier qui existe quelque part dans ces pages.
Celui de ce matin m'en a sorti une formule jusqu'ici inédite.
Il devait se rendre à un entretien d'embauche et passait prendre des CV. Je lui demande de me tenir au courrant et de bien m'avertir s'il est embauché. Ce à quoi il me répond " T'inquiète pas, si j'ai le travail, je t'amène le couscous, on fait la fête et même, je te trouve un mari ! "

Fichtre ! Il m'est déjà arrivé de recevoir des fleurs ou des chocolats en remerciement, mais celle là, j'avoue, je l'avais pas anticipée…

15:42 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2008

Dispensés!

On entend ces derniers temps parler de la suppression de la «dispense de recherche d'emploi», qui concernait depuis 1985 les chômeurs âgés de plus de 57 ans, présentée de la manière suivante « grâce à la suppression de cette dispense, les seniors auront de nouveau le droit de chercher du travail ».
Dissipons un premier mensonge, pour commencer : cette dispense, si elle exempte d'avoir à produire les preuves de recherche  d'emploi et de pointer chaque mois à l'assedic, n'a jamais interdit à quiconque le souhaitait de continuer à chercher du travail, et même, parfois, d'en trouver.
La suppression de cet aménagement, c'est juste cohérent avec cet esprit qui veut reculer l'âge de la retraite toujours un peu plus loin (genre, si elle peut coïncider avec la date de votre décès vous êtes le citoyen parfait), faire travailler les gens toujours plus (revenons à l'esclavage, ça réglera tous les problèmes d'un seul coup...) etc. C'est cohérent aussi avec cette chasse à l'inactif mené par nos institutions depuis quelques temps : haro sur le chômeur, le rmiste, bref, le parasite qui vit au crochet du bon citoyen (celui qui fait plus de 35 heures et ne prendra jamais de retraite, donc).
Sauf que...
Sauf que si on faisait le compte des gens qui se sont fait dégager de leur postes aux abords de la cinquantaine par ces sacro-saintes belles entreprise, si on considérait le peu d'employeurs qui acceptent d'embaucher des « seniors » comme on dit poliment et encore, dans quelle conditions... on s'apercevrait vite qu'il y a, comme dirait Fernand Raynaud, « comme un défaut », et surtout une énorme hypocrisie dans tout ça.Il est clair que l'âge constitue un frein objectif pour le reclassement, pas un professionnel de l'insertion  ne dira le
contraire.
C'est déjà compliqué quand vous êtes sur un métier où l'âge n'a pas d'incidence directe sur votre activité, parce qu'on va vous reprocher d'avoir trop d'expérience, un diplôme périmé, des prétentions salariales trop élevées, etc Même si vous candidatez sur un poste en dessous, on préférera l'attribuer à quelqu'un d'autre en vous expliquant « mais, avec le parcours que vous avez, vous allez vous ennuyer!» tout en pensant « les vieux ça fait pas dynamique dans une équipe ».Et si vous êtes dans un métier où le poids des apparences et/ou la bonne santé physique sont importantes, ça se complique encore plus. Allez convaincre une entreprise d'embaucher un manutentionnaire, une secrétaire, une vendeuse ayant passé la cinquantaine...
Je ne dis pas que c'est perdu d'avance : j'ai eu en suivi des personnes qui ont relevé ce défi là. J'en connais aussi un grand nombre (le plus grand nombre peut être), pour qui ce ne sera pas possible. Surtout quand le fossé se creuse au fil des années d'inactivité : au frein de l'âge s'ajoute alors celui d'une période de chromage parfois importante, et là, bon courage !
Depuis quelques temps, la part des plus de 50 ans dans les personne que je retrouve parmi mes suivis augmente sensiblement.
Devenus Rmistes après avoir été salariés (cadre ou manoeuvre, c'est égal), vivotant de l'ASS, ils ont vu leur niveau de vie s'effondrer et avec lui leurs espérances, leurs perspectives. Jusqu'ici, on leur épargnait encore le flicage en proposant un accompagnement à l'emploi, auquel ils étaient libres de consentir ou pas, on prenait en compte qu'avec leur âge et leur carrière ils avaient finalement mérité qu'on leur fiche un peu la paix. Époque révolue.
Alors quoi? On va inventer encore un contrat aidé de plus, avec un beau titre, genre «le contrat de la dernière chance», qui permettra aux entreprises d'embaucher à vil prix , sur les deniers publics, du personnel corvéable à merci, sous payé et qui-doit-dire-merci-car-on-lui-a fait-la-grâce-de-l'embaucher? On va instaurer des « quotas » où chaque entreprise, au pro-rata de son nombre global d'employés, se devra d'avoir son  nombre légal de vieux, comme cela existe déjà avec les handicapés  ? Ou on va appliquer des mesures de rétorsion à la mode du style réduction des indemnités au bout de X tentatives infructueuses, interdiction de refuser un poste proposé, etc?
Je rigole doucement aussi quand j'entends dire « à partir de 55 ans, vous pouvez entamer une seconde carrière, vous former, blablabla ». Mais bien sur... quand on sait à quel point il est difficile dans ce pays d'entamer une reconversion, quel que soit l'âge, ça laisse songeur quant aux possibilités réelles offertes aux seniors sur ce plan. Ensuite, une fois de plus ce discours s'adresse au dessus du panier : je veux bien queles ex-chefs d'entreprises, les cadres sup' etc. puissent entamer comme ils disent « une seconde carrière ». Sauf que les gens que je vois moi, au quotidien, ils plus près du bac -5 que du bac +12 : alors, on lui propose quoi, comme seconde carrière, au manoeuvre qui s'est cassé le dos sur les chantiers, au plongeur illettré, à la couturière, à l'ouvrière qui a bossé derrière sa chaîne des années durant ?

20:00 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (0)

13/11/2007

PLIE-Accademy

Voilà une idée brillante :je vais monter une troupe, avec mes bénéficiaires ! Je me demande dans quelle mesure, si ça se faisait, je ne gagnerais pas plus là qu'en tant qu'accompagnateur à l'emploi, mais bon…ce n'est pas le propos .
J'ai en effet parmi mes suivis du moment : un réalisateur bulgare, un auteur-compositeur interprète façon romantique torturé, un musicien gipsy, une graphiste-designer….Il ne me reste plus qu'à les faire bosser ensemble et nous tenons une bonne équipe: un qui compose, un qui interprète, un qui filme le clip et la 4e pour illustrer la pochette du CD. Pour ce qui est du spectacle live, je suis sûre qu'en sollicitant mes collègues, ont pourrait trouver dans leurs dossiers des techniciens du son, éclairagistes etc, Et même de quoi enrichir la formation de percussionnistes, choristes, danseurs …Nous voilà prêts à concurrencer la Star'Ac, avec la PLIE-Accademy.*

Mais soyons lucide : aucune de ses personnes ne trouvera d'emploi en relation avec son art.
Recevoir ce genre de public revient à endosser l'uniforme de la fée Carabosse, celle qui dit : " C'est chouette, mais sinon, comme métier-pour-gagner-votre-vie, on cible quoi ? ", en un mot, amener l'épreuve de réalité.
Il n'y a pas grand chose de gratifiant à devoir expliquer aux gens qu'ils doivent renoncer à l'idée de vivre de leur art, ranger ça dans la case "loisirs", accepter de devenir grand et chercher un "vrai" boulot. Expliquer que les institutions ne sont pas des mécènes et que le Conseil Général n'est plus d'accord pour payer des RMI à des gens en capacité de travailler, d'être productifs, mais qui ne le font pas parce qu'ils préfèrent se consacrer à leur passion.
Parmi tous ceux là, il faut encore distinguer les dilettantes qui considèrent que gratter la guitare 2heures par semaine fait d'eux un artiste, ceux qui se cachent derrière ce prétexte pour éviter d'entrer dans la vie active ;  et ceux qui s'investissent réellement dans leur art. Les premiers, on peut les convaincre de remettre les pieds sur terre pour peu que leurs stratégies de contournement ne soient pas trop systématiques.
Pour les autres, quand on sait ce que représente comme boulot la pratique d'un art à un niveau peu ou prou professionnel, on se doute bien que cela n'est pas vraiment compatible avec un autre métier.
Hier, le RMI les faisait vivre, en attendant un statut d'intermittents du spectacle pour certains, en subside de type "mécénat social " pour les autres.
Mais le "tout à l'emploi" actuel marche sur ce genre de considérations.
A certains égards, on se demande même à quel point la culture n'est pas en passe d'être considérée comme superflue dans la société qui se dessine.

 

 

* PLIE : Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi. C'est le dispositif d'insertion pour/dans lequel je travaille.

10:19 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (1)