22.06.2007
Zimboumboum
Me voici peut être en mode " vieux ronchon réac", mais c'est un fait : je crois que je n'aime pas la fête de la musique ! A l'instar de mon prof de chant qui appelle ça "le bordel organisé", j'appelle ça "la fête du bruit"... Déjà, l'idée des festivités à date fixe, assortie de l'obligation de s'y amuser, ça m'ennuie un peu. Pour qui aime et pratique la musique, c'est tous les jours qu'il la célèbre et l'apprécie, nul besoin de désigner 1 date pour cela (de même, la journée de la femme, la fête des secrétaires, des grands-mères, etc...attendant avec impatience la St Crétin aussi )
Faire la fête de la musique consiste essentiellement, du moins pour ce qui est d'Aix, à aller prendre un bain de foule au milieu du brouhaha. Peu de variété dans la musique, les bons groupes restant rares, on se retrouve avec au choix les murs d'enceinte des bidouilleurs techno (autours desquels se regroupent les vendeurs de substance permettant de supportable rendre la musique techno), les hard-rockers chevelus beuglant dans leur micro, les ados sortant pour la 1er fois de leur cave de répétition...
Même lorsqu'on parvient à trouver un groupe intéressant, difficile de se poser pour écouter, entre le parasitage sonore des groupes environnants et le passage incessant de gens plus ou moins imbibés (ne pas se faire marcher sur les pieds, ni renverser une bouteille dessus, ni brûler par les mégots relève dans ces circonstance d'une véritable stratégie), impossible aussi d'échanger quelques paroles avec le voisin sans se péter les cordes vocales pour essayer de dominer un tant soit peu le déluge de décibels.
En tout cas, s'il y en a pour qui la manifestation est rentable, ce sont les cafetiers, chez qui les consommations subissent une inflation soudaine (je me souviens d'avoir payé 4 euros un malheureux coca -cela explique sans doute la tactique des djeuns qui se baladent la bouteille de vodka ou de whisky à la main, s'étant préalablement fournis à pas cher au supermarché ou dans la cave de papa), et les sociétés de parking puisqu'il est impensable de trouver une place pour se garer un tel soir.
J'avoue même avoir lâchement boycotté la chorale, me souvenant des fois où nous nous retrouvions entassés dans cette petite église du village de Fos où règne une chaleur d'enfer, à essayer de chanter malgré la sensation d'étouffement née de la chaleur, de l'humidité et du parfum des lys en putréfaction dans les vases de l'autel.
Donc, voilà, pour cette fête de la musique 2007, j'ai pris l'option " silence ", avec coucher de soleil sur la campagne aixoise, bien loin de toute cette agitation.
14:48 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
06.06.2007
Mobilis in mobile
Suite à l'intervention de mon ami Maître Chronique sur ma précédente note, je me permets de rebondir sur cette histoire de mobilité.
La mobilité, avec la polyvalence, est devenue une des vertus cardinales du salarié moderne. Traduction : vous devez être capable de faire tout, n'importe quoi et n'importe ou. De l'adaptabilité poussée à son paroxysme, c'est à dire l'ère où le salarié est un pion interchangeable et non plus une personne.
A l'opposé, j'ai eu des exemples extrêmes, quand je travaillais à Marseille, de la non-mobilité.
En général, on débusquait les concernés par une question simple : " vous recherchez du travail dans quel secteur ?" Secteur s'entendait secteur professionnel dans l'idée première, mais nombre de personnes le prenaient au sens géographique du terme, et n'hésitaient pas à nous répondre candidement "le 15e arrondissement !" ou "la Belle de Mai !" -il s'agissait en général de leur quartier, du périmètre de 2 à 5 km entourant leur domicile.
Au-delà, l'aventure, la jungle, les crocodiles…bref, point de salut en dehors de ce qui pouvait exister dans leur petit pré carré. (Le pompon fut décroché un jour par une dame qui voulait travailler comme femme de ménage, mais exclusivement dans sa cage d'escalier…Je fus tentée de lui suggérer que si elle acceptait d'étendre sa zone d'activité au trottoir devant son immeuble, ça lui offrirait certainement des possibilités de rémunérer ses services autrement, mais …là n'est pas le propos.)
Je me souviens de personnes pour qui prendre le bus, ou pire : le métro, changer d'arrondissement, traverser la ville, passer des quartiers Nord au centre ou aux quartier Sud n'était, simplement, pas envisageable. Je leur aurai proposé d'aller en Terre Adélie, j'aurai vu sur leur visage le même air effaré. Je veux bien que Marseille ne soit pas championne des transports en communs, et qu'il soit légitime d'espérer se simplifier la vie en limitant des temps de trajets coûteux en fatigue, argent, temps et organisation personnelle ; mais quand même !
Il arrivait que nous fassions remarquer à certains que mes collègues et moi-même faisions tous entre 60 et 100 kms de trajet journalier domicile/travail ; cela nous valait généralement d'être regardés comme des extra-terrestres ou d'essuyer un "oui mais bon avec la paye que vous avez, vous pouvez le faire" -Bah tiens, c'est connus, on a des payes de ministre et des voitures avec chauffeur de maître, nous autres ! (les pauvres, s'ils avaient vu la tronche de ma fiche de paie, avec mon mi temps et mes 600 euros mensuels de l'époque.
Mais sortons de l'anecdote.
J'admire les gens qui choisissent de s'expatrier pour faire des choses qu'ils jugent plus intéressantes, plus rémunératrices ailleurs, ou parce qu'ils estiment que les conditions de vie sont meilleures sous d'autres cieux.
Mais pour autant, cela doit-il devenir une règle absolue ? Est-ce un choix plus noble que celui de vouloir rester proche de ses attaches affectives, géographiques, ou familiales ?
En arriverons nous un jour à un système où, tout étant subordonné aux exigence du Travail et de la Rentabilité, chacun deviendra un exilé obligatoire, sommé de suivre, au mépris de sa vie personnelle, les pérégrination géo-économique des entreprises, s'il veut conserver le luxe d'avoir un emploi ?
15:40 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
29.05.2007
Du provisoire qui dure...
Une chose me surprend souvent lorsque je participe à des formations, lorsque j’entend des commentaires sur ce métier nommé « accompagnateur à l’emploi » ( ailleurs « conseiller en insertion professionnelle », « formateur »,…), c’est cette remarque qui revient inévitablement : c’est un métier qu’on ne peut pas exercer longtemps, il faut le faire 3 à 5 ans et puis changer. (Hum…aurai-je dépassé à l’insu de mon plein gré la date de péremption ?)
Pourquoi cela ? Pourquoi ne dit-on pas aux travailleurs sociaux, aux enseignants, aux éducateurs qu’ils ne peuvent exercer leur métier de manière honnête que 5 années ?
Est ce un moyen de nous expliquer que nous faisons un sous-métier, qui ne serait qu’une solution palliative avant d’en trouver un autre, un vrai, une fois la première expérience acquise ? Un sous-métier, sous-payé, pour s’occuper des sous-citoyens…cela ne manque pas de cohérence en effet !
Une chose est sure, c’est qu’il est difficile de « faire carrière » sur un poste d’accompagnateur ou de formateur. Pas de perspective d’évolution du poste, ni d’augmentation de salaire : pour moi c’est la seule raison qui pourrait me pousser à changer de boulot un jour.
L’autre défi est qualitatif, ou, plutôt, humain : comment arriver à rester « frais » suffisamment, ne pas se laisser gagner par des automatismes de procédure ou de pensée, ne pas être aigri par le manque de marge de manœuvre que nous avons sur nos structures, découragés par les Himalaya que nous rencontrons sans pouvoir les gravir ou les contourner, par les lourdeurs institutionnelles, les politiques locales et nationales, le marché de l’emploi, les infinies déclinaisons de la misère qui visitent chaque jour nos bureaux…
Ceci dit, alors que se multiplient partout et y compris dans l’insertion et la formation les « procédures qualité », on nous demande, sur le fond, de moins en moins de qualitatif vrai. Accompagnateurs à l’emploi, nous avons un chiffre à faire au même titre que des commerciaux, un objectif à atteindre : il s’agit de faire en sorte que X personnes chaque année décrochent un contrat de travail
-non pas un emploi qui leur convienne ou les aide à s’épanouir, mais un boulot les fasse sortir du dispositif RMI, disparaître, fut ce juste pour quelques mois, des statistiques du chômage…
Malheur à celui qui ne remplit pas son quota, il risque sa place.
Malheur au stagiaire qui ne rentre pas dans les bonnes cases au bon moment, il risque son RMI.
A coté de cela, on assiste d’années en années à la fonte des ressources : les formations linguistiques ont disparu, les remises à niveau deviennent rares, les accompagnements purement sociaux sont supprimés… Or, comment peut on courir si on n’a pas appris à marcher ? Comment peut on marcher avec les 2 jambes brisées ? C’est bien joli d’arguer « tous des fainéants » et de plastronner avec des formules « il faut remettre la France au travail », encore faut il s’en donner réellement les moyens, avec des politiques de l’insertion cohérentes et efficaces, et non pas des effets d’annonces et des dispositifs plus proche d’onéreux emplâtres pour jambes de bois que d’aide réelle aux personnes.
Un des moyens de réaliser cela serait sans doute de donner un véritable statut aux acteurs de l’insertion socioprofessionnelles autre que les travailleurs sociaux, de leur assurer des salaires et des conditions de travail décents.
Ainsi, on entendrait plus aussi souvent dire « c’est un métier qu’on ne peut faire que 3 ou 5 ans » …
17:13 Publié dans Boulot | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



