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01/05/2013

L'Ange du Bizarre




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Dès l’annonce de cette expo, j’ai eu envie d’y aller. Le romantisme noir, c’est tout ce que j’aime (en plus son titre est celui d’une nouvelle de Poe traduite par Baudelaire, vous imaginez !), et même si l’affiche mentionne « de Goya à Max Ernst » c’est surtout Fussli, Böcklin ou Delacroix que je voulais voir. Hélas a priori pas de créneau prévus pour aller faire les touristes  avant debut juin, date de fin de l’expo.

Et puis …. Et puis il y a eu cette surprise au chapitre professioonnel, le démarrage d’une nouvelle mission dont les trois premiers jours devaient se dérouler sur Paris, au départ 3 jours pleins, et qui se sont transformés en 2 jours et demi suite à un changement de planification. Je me suis donc retrouvée avec un apres midi de libre, et le choix entre avancer mon billet de train pour rentrer plus tôt ou utiliser ce temps libre  pour jouer les touristes sous le soleil parisien. Le choix a été vite fait : ni une ni deux, sitot sortie de mon derniers rdv, j’ai sauté dans le RER direction : musée d’Orsay.

Par chance, je suis arrivée avant midi et j’ai bénéficié du creux de fréquentation de la mi journée . Peu de temps d’attente et un monde raisonnable dans le musée, qui laissait bien l’espace et le temps nécéssaire pour apprécier les œuvres

J’adore le musée d’Orsay et je n’ai pas été déçue par l’expo. J’y ai retrouvé de «vieilles connaissances» : Le cauchemar de Füssli, et La villa au bord de mer de Böcklin, par exemple, mais aussi le Vampire Munch et Galatée de Moreau, ces toiles qui font partie depuis longtemps de mon « petit musée imaginaire personnel », que je connais par cœur en repro mais que j’ai eu la grande joie de rencontrer en vrai (j’allais dire « en chair et en os, ce qui pour le romantisme noir parait assez approprié finalement).

Plusieurs belles découvertes aussi, dont le tableau de Schwabe qui sert de fond pour l’affiche et quelques autres.

Une des bonnes idées de cette expo est de présenter des medias /supports multiples (extraits de films, sculptures, tableaux, gravures, photos,…) mais aussi de replacer dans le temps ce courant artistique en dégageant 3 grandes époques : la naissance (sur les cendres de la Révolution et de la Terreur, avec l’apparition du mouvement romantique dans les différents pays d’Europe), les mutations symbolistes (fin du 19e siècle, l’inquiétante étrangeté et ses déclinaisons), et enfin la redécouverte surréaliste.

C’est à cette dernière partie que j’ai été le moins sensible, alors que je me suis régalée avec les autres. On y explore toutes les facettes de ce romantisme noir, qui décline avec bonheur morbide et sensualité, qu’il s’exprime sous forme de paysages (des ruines, des forets, des gouffres, des mers déchainées, rien ne manque !), de figures fémininines (parfois allégoriques, parfois mythologiques comme Méduse, sorcières ou simples femmes), de squelettes ou de masques.

Les commentaires et encarts de présentation, comme toujours à la fois accessibles et intelligent, rappellent bien l’aspect sulfureux et nouveau de ce mouvement, qui apparait dans une époque historiquement troublée et déçue et se réactive lors de 2 autres périodes de crise, d’abord lors de la guerre de 1870 puis au lendemain de la 1er guerre mondiale.

Explorant les limites des comportements humains, de la barbarie telle que la révèle la guerre (Goya) mais aussi remettant question la philosophie des lumières et prenant à contrepieds la morale, tricotant Eros et Thanatos dans une même dentelle, ce romantisme noir est beaucoup plus que la collection de clichés que l’on tendrait à y voir aujourd’hui par exemple avec la remise à la mode de la figure du vampire.

Un voyage artistique au fil des œuvres et des époques, mais aussi un voyage intérieur, au travers des fascinations ou des dégouts qu’éveillent en nous chacune d’entre elle, voici ce que nous propose cette magnifique expo.

En sortant, je me suis sentie bien, comme après un retour aux sources, enthousiaste malgré la fatigue qui commençait à se faire sérieusement sentir. J’ai abandonné rapidement l’idée de poursuivre par une visite de la collection permanente du musée : il commençait à y avoir vraiment du monde, beaucoup de groupes scolaires, du bruit, de plus après les merveilles de l’expo j’étais arrivée à une sorte de satiété intellectuelle qui ne m’aurait pas permis d’apprécier à leur juste valeur les autres œuvres.

Chose exceptionnelle, je me suis offert le catalogue de l’exposition, qui a efficacement lesté ma valise pour le reste du trajet mais qui me permettra de retrouver à domicile les œuvres commentées.

Cerise sur le gâteau, j’ai quand même e pu changer mon billet de train, et cerise sur la cerise, j’ai été « obligée » de faire le trajet retours en 1er classe !

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Lessing, Paysage montagneux ruines dans une gorge