Laissant s'exprimer mes penchants gothiques, et donc ne reculant devant aucun cliché, je me suis mise en quête des
vieux cimetières locaux pour aller y faire un peu de tourisme.
J'en ai trouve principalement deux, un petit cimetière pres de Harvard, et le Granary Burial Ground, un des lieux
historiques de Boston.
Pour l'ambiance, je dirais que je préfère le 1er, plus discret, moins fréquenté. Juste des stèles entre les arbres,
pas de dalles, pas de monuments, excepté quelques tables et un ou deux tombeaux. L'essentiel des sépultures date
des annees 1700 : beaucoup sont brisées, afaissées ou effacées, mais nombre d'entre elles restent d'une fraicheur
étonante.
J'observe les motifs gravés sur les stèles, essayant d'en décoder le symbolisme. Auncune croix,
bien que nous soyons dans un lieu chrétien, mais des images renvoyant a des choses beaucoup plus archaiques.
Ici, un saule-pleureur dont les branches caressent une urne;la, des motifs en rinceaux, de fleurs, des feuilles de
lierre. On trouve aussi quelques chérubins, mais l'ornement qui revient le plus, c'est le crâne, plus ou moins
stylisé, réprésenté soit ailé, soit surmontant deux fémurs croisés. On n'oserait plus ca aujourd'hui...
J'ignore pourquoi je suis sensible a l'esthetique des cimetières -enfin, pour certains d'entre eux.
A Paris, je me suis balladée au Père Lachaise comme dans un jardin merveilleux, en goûtant l'athmosphère toute
baudelairienne, entre les statues, les mausolées, les grands arbres. La bas, tout est oeuvre d'art ; ici, tout est
simplicité. L'influence protestante sans doute. Mais la richesse demeure si on sait observer.
C'est comme si chacune des inscriptions racontait une histoire. Pas grand chose, a la base : un nom, deux dates,
voila tout ce qui reste d'une vie bien des années après. Mais du vieillard a l'enfant, chacun de ses témoignages
donne a imaginer.
Au Granary, j'ai trouvé de très belles gravures, que j'ai pu prendre en photos. L'entrée est un grand
porche en pierre sombre, et des panneaux précisent les règles a observer .
D'autres panneaux proposent une sorte de visite guidée du lieu, en exposant les anecdotes les plus fameuses.
On y apprend que le cimetière compte beacoup de tombes de femmes et d'enfants a cause de la rudesse des
conditions de vie de l'époque. (ainsi, la plus jeune habitante du lieu y prit ses quartiers a l'age de 3 jours)
On y lit l'histoire de cette brave dame, qui, après avoir perdu un 1er mari qui lui avait fait 8 enfants, en epousa un 2e
qui lui en fit 6... les deux époux successifs et la dame ayant ensuite été places dans la meme tombe . On savait
s'amuser a l'époque, chez les Puritains ! (c'est le mari numero 1 qui a du etre content de voir arriver un pote...)
On y trouve aussi la 1er sépulture de Paul Revere, un monument dédié à Benjamin Franklin,
et les tombes des victimes du " massacre de Boston" : 5 malheureux civils, exécutés par l'armée anglaise, et
dont la mort provoqua la revolution. Heureux endroit ou l'on considère que tuer 5 personnes est un massacre,
au regard de ce que l'on nous sert chaque jour au journal télévisé...
pour info , et point historique :
http://www.findagrave.com/cgi-bin/fg.cgi?page=gr&GRid=1499
http://celebrateboston.com/sites/granary.htm
quelques sites de photos :
http://www.nsrider.com/gallerymain/cemeteries/granary1.htm
http://www.szilagyi.us/gallery/blackandwhite/Cemetery1
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Demandez le journal !
Ici, nous avons la version Bostonienne du journal Metro.
Même principe, un quotidien distribué gratuitement, des articles courts, les grandes lignes de l'actualité locale.
L'autre jour, la 1er page proposait un article sur la contraception d'urgence, appellée ici Plan B.
Il semblerait que la firme Wall-Mart ( une sorte de compilation de pharmacie-parapharmacie, concurent direct de CVS dans le même genre) ait été poursuivie pour avoir refusé de délivrer à des femmes, pourtant munies d'une ordonnance ad hoc, ladite contraception d'urgence.
Aujourd'hui, la une est dediée au président de l' université de Harvard, démissionné pour avoir sugéré que , si l'on trouvait moins de femmes brillantes dans les disciplines scientifiques et les maths, c'était peut être pour une raison génétique. De là à imaginer que notre cerveau-pardon, notre cervelle de femme, toute impregnée d' oestrogenes et autres hormones du même genre, possèderait de facon innée les circuits qui l'amènent a l'utilsation naturelle et spontanée de l'aspirateur et des couches culotte, il n'y a qu'un pas. Mais ne faisons pas de mauvais esprit -non, non, n'en faisons pas, c'est pas le genre de la maison...
Au point ou nous en somme, j'en profiterais presque pour passer une petite annonce : jeune auteur plein de talent(s) recherche généreux mécène, qui lui pardonnerait d'avoir un cerveau qui ne soit ni fait pour calculer la taille de l'univers, ni pour tenir l'aspirateur et le biberon... -
Motu et Lumine
J'aimerais vous parler aujourd'hui d'un endroit très spécial, le musée Isabella Steward Gardner.
Ce musée est en fait la maison d'Isabella Gardner, transformée en musée selon sa volonté, et suivant 2 principes : que les choses restent exactement telles qu ' elle les avait voulues, conçues et disposées, et que puissent entrer gratuitement toutes les Isabella qui se presenteront. Un clin d 'oeil sympathique, mais je ne m'appelle pas Isabelle, hélas. Sa collection a été constituée en 30 ans de voyages et d'acquisition diverses, et aurait été dispersée faute de descendance directe ( Isabella perdit son seul enfant d'une pneumonie à l'age de 2 ans) si elle n'avait eu l'idée de génie d'en faire don a la ville de Boston.
Ouvert en janvier 1903, il compte 2500 oeuvres d 'art de toutes sortes : tableaux, gravures, sculptures, livres anciens, etc...
Voila pour la présentation générale du lieu.
Pour ma part, je classerai cet endroit parmi les lieux magiques.
Dans les miroirs, on s'attendrait a voir surgir derrière soi la silhouete d'Ísabella, venant vous demander si vous aimez sa maison. Je suis sure qu 'elle continue a y habiter, je ne puis imaginer cet endroit autrement que hanté.
En fait, le musée lui meme est une oeuvre d 'art. Au dela de la profusion des toiles et des objets, par eux memes remarquables pour beaucoup, c 'est la manière dont tout est agencé qui crée cet effet de magie.On peut y voir beaucoup de peintures italiennes du Quatrocento ( Boticelli, Titien, Veronese, Ucello, mais aussi Rembrandt : un très bel autoportrait de l 'artiste á 23 ans ), des sujets et objets religieux . Il y a quelque chose de délicieusement morbide dans la multiplication de ces scènes de crucifixion, de ces pieta.
Omnipresence du sacré, ou des sacrés, a travers les tableaux, vitraux et autres bancs d 'église importés
d 'Europe, les autels et sarcophages romains du jardin, tout se mélange ( art européen, fresques japonaises, meubles chinois incrustés de nacre, vestiges antiques...) pour créer une athmosphère unique.
Je croise une céramique representant une pieta, portant ces mots “O vos omnes qui transitis per viam:
attendite et videte si est dolor similis sicut dolor meus. ” et je pense au motet composé par Victoria, autours de de cette phrase. Les arts s'appellent les uns les autres, le lieu est inspirant.
Il y a d'ailleurs une grande salle, obscure pour protéger les tapisseries de la lumière, au plafond fait de boiserie sombres, qui sert de salle de concert. Un piano est installé à demeure, et j 'imagine assez ici se dérouler un bal, quelquepart entre Barry Lyndon et le Bal des Vampires.
Chacune des grandes pièces compte une cheminée, parfois gravée d 'une maxime (dont motu et lumine ) , entouree de divans “profonds comme des tombeaux” , d 'un écritoire avec plume et encrier, de chaises ornées d 'émaux...
Tout est theatralisé. Ainsi, au 2e etage, un buste de Benvenuto Cellini regarde, au travers des fenetres en arcade, le portait d 'Isabella dispose dans une autre salle. Cela rien d 'évident, il faut penser à suivre le regard de la statue pour s'apercevoir de la mise en scène.
Très beau portait, d 'ailleurs, peint par John Singer Sargent, présentant la dame dans une sobre robe noire mais les bras nus, parée de bijoux ( un collier et une ceinture de perles, des rubis comme boucles a chaussure) et posant devant une tapisserie qui semble faire éclore un nimbe autours de sa personne: de quoi sacandaliser grandement la bonne société puritaine du Boston de l'époque, ce qui fut le cas.Au dela de tout ça, je retiendrai le jardin, qui est un univers en lui meme.
L'hivers, un accord de fleurs blanches ( arums, orchidees, azaleées) et de jaune ( jasmin, orchidees encore) .
C 'est un jardin interieur, entre le patio et le jardin d'abbaye, ceint d'un cloitre qui sert de coursive,et couronné d'un toit de verre..Les facades enclosant le jardin sont celles d'un palais vénitien, aux fenetres gothiques et à la pierre ocrée
De tous les étages, de toutes les fenetres le jardin est visible et revèle une facette differente. La, un crapeau pétrifié a coté d'une amphore, au pieds de la fontaine. Ici, une statue de Diane qui fait face a un tröne antique, ou j'imagine Isabella venir s'assoir. Etrangement, la déesse a une pose qui est presque une pose de déférence, la tete légèrement inclinée, une main remontée sur la poitrine.
Entre les fleurs, des sarcophages romain sculptés de bas reliefs, et au centre, la figure de Méduse en mosaique. On s'attendrait a croiser un faune vivant au detours d'une colonade, à voir s 'animer les statues.
J'imagine de jardin la peint par Moreau ou Rossetti, pour son je ne sais quoi de profondément paien et/ou symboliste. Il incite a la contemplation, la la méditation, comme les jardins japonnais dont il s'inspire également. On y passerait des heures, à dessiner, à écrire ou à rever.
Il est interdit de prendre des photos, mais le musée possède un site webhttp://www.gardnermuseum.org/the_museum/isabella.asp
1. le mouvement et la lumiere
2. extrait de “la mort des amants”de Baudelaire