12.07.2007

Renaissance musicale

Le théâtre du jeu de Paume : petit théâtre à l'Italienne, tout de rouge vêtu avec son plafond en trompe l'oeil baroque, une sorte de bonbonnière 18e siècle. C'est là que se tenait, hier soir, un récital de Madrigaux de Monteverdi organisé dans le cadre du festival d'Aix. C'était aussi le seul théâtre de la ville avant que ne soit construit le GTP, (Grand Théâtre de Provence, qui a accueilli cette saison la Walkyrie du festival.)
Par chance, j'ai pu bénéficier d'une place de choix au parterre malgré  ma réservation initiale au Paradis (jolie dénomination pour le Poulailler -n'oublions pas que nous sommes à Aix, et que cela ne saurait être compatible avec le ramassis de gallinacés que suggère le terme initial !)  En effet, toutes les places n'ayant pas été vendues, les premières personnes se présentant avec leurs tickets de 3e catégories ont été replacées sur les places de 1er ou 2e catégorie vacantes. Initiative sympathique qui m'a permis de me retrouver parfaitement centrée et à une distance idéale de la scène, la place rêvée.
J'ai bien aimé le spectacle dans son ensemble, la musique ancienne est toujours un peu surprenante mais les interprètes étaient de qualité. L'alliance de la poésie et de la musique, la délicatesse des accords étaient justement rendus, que ce soit dans les morceaux enlevés ou dans ceux plus tristes ou retenus, évitant l'écueil de la préciosité ou de l'afféterie.
A la direction musicale, Kenneth Weiss, (qui avait donné la saison dernière un splendide Didon et Enée), accompagné de musiciens jouant sur instruments d 'époque et de 5 chanteurs : basse, ténor, contre ténor, mezzo et soprano.
La mise en scène, très inspirée de la danse contemporaine, était un peu étrange, mais avec de jolis moments. Les interventions des chanteurs étaient chorégraphiées (parfois cependant dans la limite de la compatibilité entre chant et gymnastique : je tire mon chapeau au Basse qui a réussi à chanter parfaitement son air tout en faisant des pompes au sol...) et accompagnées d'une danseuse. De fait, l'ensemble n'était jamais statique ou dénué de vie, même si j'avoue ne pas avoir bien saisi en quoi il était obligatoire que la danseuse fut seins nus (euh...pour que ces messieurs puissent ce rincer l'oeil sous un couvert hautement cul-turel ?).

Distribution :
Direction musicale : Kenneth Weiss
Mise  scène : Arco Renz
Soprano : Judith Van Wanroij
Mezzo : Amaya Dominguez
Tenor : Fredrik Akselberg
Contre tenor: Xavier Sabata
Basse : Michael Leidundgut
Danseuse : Wen-Chi Su
Violons : Boran Cicic, Gabriel Grosbard, Anfisa Kalinina
Chitarrone & guitare : Diego Salamanca
Viole de gambe & lirone : Julien Leonard

 

22.06.2007

Zimboumboum

Me voici peut être en mode " vieux ronchon réac", mais c'est un fait : je crois que je n'aime pas la fête de la musique ! A l'instar de mon prof de chant qui appelle ça "le bordel organisé", j'appelle ça "la fête du bruit"... Déjà, l'idée  des festivités à date fixe, assortie de l'obligation de s'y amuser, ça m'ennuie un peu. Pour qui aime et pratique la musique, c'est tous les jours qu'il la célèbre et l'apprécie, nul besoin de désigner 1 date pour cela (de même, la journée de la femme, la fête des secrétaires, des grands-mères, etc...attendant avec impatience la St Crétin aussi )
Faire la fête de la musique consiste essentiellement, du moins pour ce qui est d'Aix, à aller prendre un bain de foule au milieu du brouhaha. Peu de variété dans la musique, les bons groupes restant rares, on se retrouve avec au choix les murs d'enceinte des bidouilleurs techno (autours desquels se regroupent les vendeurs de substance permettant de supportable rendre la musique techno), les hard-rockers chevelus beuglant dans leur micro, les ados sortant pour la 1er fois de leur cave de répétition...
Même lorsqu'on parvient à trouver un groupe intéressant, difficile de se poser pour écouter, entre le parasitage sonore des groupes environnants et le passage incessant de gens plus ou moins imbibés (ne pas se faire marcher sur les pieds, ni renverser une bouteille dessus, ni brûler par les mégots relève dans ces circonstance d'une véritable stratégie), impossible aussi d'échanger quelques paroles avec le voisin sans se péter les cordes vocales pour essayer de dominer un tant soit peu le déluge de décibels.
En tout cas, s'il y en a pour qui la manifestation est rentable, ce sont les cafetiers, chez qui les consommations subissent une inflation soudaine (je me souviens d'avoir payé 4 euros un malheureux coca -cela explique sans doute la tactique des djeuns qui se baladent la bouteille de vodka ou de whisky à la main, s'étant préalablement fournis à pas cher au supermarché ou dans la cave de papa), et les sociétés de parking puisqu'il est impensable de trouver une place pour se garer un tel soir.
J'avoue même avoir lâchement boycotté la chorale, me souvenant des fois où nous nous retrouvions entassés dans cette petite église du village de Fos où règne une chaleur d'enfer, à essayer de chanter malgré la sensation d'étouffement née de la chaleur, de l'humidité et du parfum des lys en putréfaction dans les vases de l'autel.
Donc, voilà, pour cette fête de la musique 2007, j'ai pris l'option " silence ", avec coucher de soleil sur la campagne aixoise, bien loin de toute cette agitation.

11.06.2006

Rassegna

 

Samedi soir : concert de la Compagnie Rassegna, au Plan d'Aubs, un petit village niché au cœur de la Sainte Baume. Il se mérite par une petite route sinueuse, dans la forêt, mais les paysages du Haut Var sont superbes. C'est une église romane, sans fioritures, avec ses arcades rondes. Ce n'est pas la pierre blanche de Silvacane ou Senanque, mais plutôt une pierre un peu rousse, irrégulière, rappelant la couleur de la terre. Autours, la vue sur les collines s'étale à perte de vue, caressées par le soleil couchant.

Au programme, des « chants méditerranéens » . Les artistes sont au nombre de 8, dont une femme, à la fois chanteurs et instrumentistes ( violon, oud, clarinette, guitares, vielle à roue )

Le « chef », derrière sa guitare, réussit à mettre une excellente ambiance en distillant quelques plaisanteries dans les présentations de chaque chant. Les voix, chacune d'une couleur particulière, toujours typées, remplissent l'espace de la chapelle comme si celle-ci n'avait été conçue que pour cela.

En deux heures de concert, nous passons par l'Espagne, la Sicile, le Maghreb, la Grèce, la Corse... Du flamenco aux polyphonies, du chant de résistance anti-franquiste aux complaintes amoureuses, nous voyageons dans les sentiments humains autant que dans les langues et les contrées.

 

 

http://rassegna.free.fr/presentation.htm

http://rassegna.free.fr/discographie.htm#dominos

 

09.06.2006

Réminiscence

 

Ce soir, répétiton de chorale ; nous apprenons un nouvel air, le chœur de Brindisi, de Traviata : « libiamo ne lieti calici... » Au fil des notes me sont revenus le Shubert Theatre, la ballade le long du Boston Common après le spectacle, ...

04.06.2006

Musique !

Nous avons recommencé à travailler le Stabat Mater de Rossini. Voilà qui me renvoie des années en arrière, avec un souvenir quasi magique. Deux choses surtout : St. ; et la sensation lors du concert. C'était mon 1er concert classique, en 1998, j'étais dans le Chœur depuis 1 an ou 2. Impression unique, jamais retrouvée par la suite, d'être dans une bulle, un cocon, comme en apesanteur, DANS la musique. Ne pas voir passer le temps, ne pas s'apercevoir que l'on a mal au pieds ou que l'on a trop chaud à cause des projecteurs. Ne pas sentir l'effort de la « performance » vocale. Être bien, simplement, dans le lieu et le moment le plus justes qui soient. Je me souviens aussi du magnifique mezzo-soprano de Raphaëlle Ivery qui fut une des 4 solistes . C'était la 1er œuvre classique que je travaillais, de surcroît une œuvre dont j'ignorais l'existence avant de devoir la chanter. Ma culture musicale de base, bien que plutôt classique, ne me portait pas vers la musique vocale, qu'elle soit profane ou religieuse. J'ai appris avec le Chœur l'amour des Requiem et de l'Opéra. Mais cette époque était aussi celle de St. Je pourrais presque appliquer à ma vie une chronologie liée à mes rencontres, comme on on dit en Histoire « cela se passait sous le règne de Louis XIV ». Je me souviens des moments où nous répétions ensemble, soprano et baryton, moi avec mes hésitations de débutante, lui avec sa voix de velours et sa manière particulière de considérer la musique comme avant tout rythmique, en bon percussionniste. Je me souviens de sa maison, un petit studio à Martigues, où la batterie prenait presque plus de place que le reste. Les tentures sur les murs, le lit en mezzanine, l'odeur de l'encens et du patchouli. Les murs trop mal isolés pour contenir le son de l'instrument, au grand dam des voisins qui devaient voir régulièrement envie d'étrangler cet olibrius bruyant. Ainsi, l'été, nous chargions la batterie dans le coffre de sa voiture (une R5 plus proche de l'épave que de la voiture digne de ce nom, qui roulait réellement par pitié pour nous), et prenions la clé des champs. Une fois sortis de la ville, direction de la campagne, dans les collines,à la recherche d'un endroit tranquille pour nous installer. Il s'agissait alors de remonter l'instrument, pièce par pièce, cymbale par cymbale. Je m'installais à l'ombre des pins pour lire ou pour écrire, pendant que lui jouait. J'avais même fini par apprendre quelques rudiments moi même. Moments décalés mais aussi une certaine forme de perfection de l'instant, réunissant comme il se doit la musique et l'amour. Ceci dit, le romanesque décalé ne devait pas séduire de façon égale tout le monde, à en juger par notre rencontre un jour avec un garde-forestier (ou un policier municipal, peut-être, enfin, un homme-en-uniforme) qui nous fit dégager manu militari, ne voulant visiblement pas croire que nous ne faisions rien de répréhensible. (A croire que les coups de tambours perturbaient considérablement la vie des habitants de la guarigue : les cigales devaient se sentir victimes de concurrence déloyale, et les lapins de stress intense...)

13.04.2006

Traviata




J'ai passé hier soir une délicieuse soirée à l'Opéra.

Bien sur, le Shubert theatre, où se déroulait la représentation, n'est pas le Met', c'est une salle de taille et d'apparence beacoup plus modeste. Mais peu importe. La troupe était constituée de jeunes chanteurs, américains pour la plupart, le role titre étant tenu par une jeune soprano russe, Dina Kuznetsova, qui nous a épatés. Nous étions au dernier rang de la "mezzanine",(en gros, être plus loin,c'était être dehors ou sur le toit) mais grâce aux proportions réduites de la salle et aux jumelles que nous avions eu la bonne idée d'acquérir, nous pouvions suivre les chanteurs aussi bien qu'au parterre.
Esthétiquement, c'était très réussi. De très beaux costumes, hauts en couleurs et parfaitement servi par les éclairages et par une mise en scène créative mais sans excentricités qui auraient pu dénaturer l'oeuvre.
Ainsi, le 1er acte se déroule dans une harmonie de rouges, rendant bien le faste de la fête chez Violetta. Par contraste, la 1er scène du 2e acte est blanche, très sobre, laissant toute la place au dialogue entre les personnage. La deuxième scène du 2e acte renoue avec le côte luxueux, sous le signe du bleu et du violet, avant de revenir à une grande sobriété pour le dernier acte, Violetta mourant dans la pauvreté et le dénuement, Cette alternance de dépouillement et de glamour mettait parfaitement en valeur le propos de chaque scène . Les moments festifs, brillants, étaient parfaitement rendus à la fois par l'intensité des couleurs et le jeu de scène, composant de très beaux tableaux, et lors des moments d'intensité dramatique, l'absence de fioritures resserrait toute l'attention sur le(s) chanteur(s).
Que dire des voix ? Si l'ensemble des chanteurs a été bien applaudi, la soprano a eu droit a une standing ovation amplement méritée. Actrice en plus d'être chanteuse, elle incarnait une Violetta vibrante, expressive et captivante. Je reconnais y être allée de ma petite larme, notamment sur l'air du dernier acte " addio del passato..." Si, au tout début, j'ai eu un moment de doute en trouvant ses aigus un peu raides, cette impression a très vite disparu : sans doute un effet du trac au moment d'entrer en scène. J'ai été impressionnee par sa manière de chanter les pianissimi sur les notes hautes, sans jamais affadir ni “blanchir” le son. Waouh.
Le ténor qui tenait le role d'Alfredo s'est aussi bien débrouillé, bien qu'étant moins comédien et ayant moins le physique du role (plus proche du bon garcon texan que du jeune 1er romantique, alors que Kuznetsova est une fort jolie fille).Le duo du père et du fils “ di Provenza il mar, il suol.... “ était ainsi particulièrement émouvant.
Il ne serait pas juste d'oublier de mentionner la prestation du choeur, très enlevé, que ce soit le choeur de brindisi dans le 1er acte ou dans le 2e acte avec le choeur des Bohémiennes et des Matadors.
Détail sympathique, le programme mentionnait, en plus des artistes traditionnellement cités, le noms de tous les membres de l'orchestre, classés par instruments, et du choeur, pupitre par pupitre.
Pour l'anecdote, alors que je me balladais dans les couloirs du théâtre lors du 1er entracte, je me suis fait apostropher par une dame d'un certain âge, très chic,qui m'a regardée des pieds à la tête en souriant et m'a lancé un “ oh, you should be on stage !” * ( héhé ,moi je veux bien, hein, si jamais le choeur du Boston Lyric Opéra embauche...)


* traduction “ oh, vous devriez être sur sur scène !” Mignon, non ? Pour compléter l'anecdote, il se trouve que je portais la tenue que je mets souvent pour les concerts avec le choeur Amadeus, une robe longue en velours noir, agrémentée pour l'occasion d'une étole rouge: la “ diva's touch “ ,quoi !


27.01.2006

Joyeux Anniversaire

Aujourd’hui, c’est le 250e anniversaire de la naissance de Mozart, la radio me le

rappelle des que je l’allume et même Google s’est déguisé pour l’occasion.

Coïncidence fâcheuse, les intempéries m’ont empêchée de me rendre à ma répétition de chœur, nous aurions, je pense,  fêté ça dignement : après tout ne nous appelons nous pas « Chœur Amadeus » ?!

Il est dommage que Mozart devienne comme une sorte de poncif…. La Flûte Enchantée a été mon premier opéra ( sur disque, un vinyle que j’écoutais gamine chez mes parents), et, plus tard, j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à chanter ses œuvres.

 

 Je me souviens de Kundera qui écrit  quelque part dans l’Insoutenable Légèreté de l’Etre «  au temps de JS Bach, la musique était comme une rose éclose sur la neige du silence » : sans savoir pourquoi j’avais toujours associé à la musique de Mozart l’image d’une rose,  avant même de lire ce roman. 

 

Je me souviens aussi d’avoir été à Salzbourg l’été 1991, autre anniversaire mozartien.

A l’instar de Bernadette à Lourdes, Wolfgang constitue à Salzbourg un fond de commerce indéniable, avec tout le folklore qui va avec : de la liqueur Amadeus, aux Mozartkugeln (improbables friandises faites de chocolat et de pâte d’amande), le pauvre est mis à toutes les sauces ( de préférences, celles qui sont lucratives). 

Néanmoins, la musique était omniprésente : impossible d’entrer dans une église sans trouver une chorale rassemblée pour chanter ( ah, le baroque autrichien, les moulures blanches sur les murs aux couleurs pastel …) , et j’ai eu la grande chance d’assister aux répétitions du ténor Placido Domingo, qui donnait un récital le soir même.

 

Je ne chantais pas encore à cette époque, mais je ne doute pas que ces notes et ces souvenirs se soient nichés quelque part dans mon cerveau, pour me pousser à m’inscrire dans une certaine petite chorale de quartier quelques années plus tard…