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Blog - Page 2

  • Acte 3

    Apres l’attentat et la traque, voici le 3e acte de la tragédie, l’assaut. Il  était difficile d’imaginer que cela se terminerait autrement. Capturer vivant les assassins aurait permis  peut être d’avoir des informations utiles sur les réseaux, mais il aurait fallu éviter qu’un procès ne viennent  offrir une tribune aux insanités de tous bords, tout comme il faudra éviter que leur mort ne fasse d’eux des « martyrs » ou des exemples pour d’autres décérébrés, d’autres manipulateurs. Mais à l’évidence ils n’étaient pas partis pour se laisser prendre vivants.

    J’espère aujourd’hui seulement que si l’Histoire se souviendra des noms des victimes, elle relèguera aux oubliettes celui des assassins, car ils ne méritent pas autre chose.

    Que l’on se souvienne des plumes et des crayons de Cabu, Charb, Wolinki, Tigous, Honoré, Elsa Cayat  et Bernard Maris. Que l’on se souvienne de ceux qui sont morts d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment. Que l’on se souvienne des hommes et femmes en uniforme qui ont donné leur vie aussi dans l’exercice de leur mission .Que l’on se souvienne à travers eux de la nécessité de défendre la liberté et les valeurs républicaines. Mais que sombre au fin fond des limbes de l’oubli les noms de ces 3 assassins, que ceux-là qui cherchaient à la fois une forme de gloire et la promotion d’une cause aussi fallacieuse que terrible ne soient récompensés que par le néant.

     

    Hier je me suis rendue en ville sur le lieu où la veille, nous étions tous rassemblés. J’ai voulu refaire des photos des bougies, des fleurs et des pancartes. Des images comme un témoignage, un hommage. Je ne sais pas dessiner, mais ces modestes textes et photos sont ma petite contribution à l’édifice. C’est ma manière de tirer mon chapeau à ces gens que j’aimais bien. 

  • J'y étais

    Ce soir à 18h30 était organisé place de la Mairie un rassemblement en hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo. J’y étais. Je n’étais pas seule. La place était pleine de monde, une foule dense de jeunes et moins de  jeunes, ados, couples, enfants, aixois et étudiants. Tous s’étaient donné le mot pour être là et saluer la mémoire des 12 victimes, clamer leur attachement à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, à la liberté tout court.

    Un bref discours donné par Philippe Senegas, (de la Ligue des Droits de l’Homme) , aux mots justes et choisi, sans récupération politique, se termine par une lecture partielle du poème d’Éluard :

    Sur mes cahiers d’écolier
    Sur mon pupitre et les arbres
    Sur le sable sur la neige
    J’écris ton nom
    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J’écris ton nom

    Liberté

    Le début du rassemblement s’est fait dans le silence, un silence impressionnant au vu de la foule présente. Des bougies, fleurs et petits mots sont disposés sur les rebords de fenêtre de la mairie, et sur le socle du grand sapin de Noël toujours présent une main anonyme a écrit «  c’est l’encre qui doit couler et non le sang ». Parmi de nombreux panneaux « je suis Charlie », quelques autres slogans et des stylos dressés. Puis c’est le 1er couplet de la Marseillaise qui s’élève, après une minute de silence. Il sera repris de nombreuses fois, entre les appels divers : « liberté d’expression », «Charlie est vivant » et «  on n’a pas peur ».

    J’ai quitté la manifestation au moment où elle descendait vers la Rotonde et le cours Mirabeau. En rentrant, j’ai vu Patrick Pelloux au journal, et comme ce matin en l’écoutant à la radio, j’ai eu les larmes aux yeux. J’admire sa force d’avoir ce discours sans haine, alors même qu’il est frappé en plein cœur par cette tragédie, sa dignité malgré l’intense émotion.

    Merci à lui de continuer à porter ce discours d’ouverture à l’heure où fleurissent ça et là les commentaires vengeurs et/ou abjects.

    Merci de cette humanité qui est la sienne.

    Que cela nous serve de leçon à tous pour continuer, demain, après-demain et tous les jours qui vont suivre, à porter ces valeurs .

    DSCN7100.JPG

  • Lucien Clergue...à corps et âme

    Il y a des moments ou l'actualité vient nous couper herbe sous le pieds : j'avais commencé un post sur Lucien Clergue, suite à la disparition de son ami Manitas de Plata, et voici que c'est Clergue lui-même qui décide de rejoindre son copain .Ça doit bringuer grave là-haut, avec Manitas, Cocteau, Picasso et Eluard, ils doivent avoir bien des choses à se dire après le bout de chemin parcouru ensemble ici-bas. 

    J'avais envie de revenir sur l'expo «  Lucien Clergue … à corps et âme » organisée au musée des tapisseries d'Aix   et que j'ai eu le plaisir de visiter il y a quelques semaines : une fois en visite libre, et le lendemain en visite commentée (et en comité réduit de 4 personnes!), laquelle s'est avérée précieuse : des clés de lecture, des informations sur les techniques employées, mais en laissant chacun libre de ses interprétations face aux images.

    L’exposition était organisée en 2 parties : les « nus zébrés » et les « surimpressions ».

    lucien-clergue-habillée-de-lumière.jpgPour ce qui est des nus, de belles photos en noir et blanc de corps habillés d’effets d’ombre et de lumière, un jeu de contre-jour avec un store vénitien dessinant une sorte de calligraphie sur les dos ou les ventres. Jamais de visage, un grain photographique rappelant de façon étonnante celui de la peau, et le corps devient à la fois graphique et sensuel.

    L’autre partie de l’expo est celle qui m’a le plus plu, c’est celle consacrée aux surimpressions.

     

    le_fantome_des_arenes_image_full (1).jpgCôté technique, elles sont obtenues en réutilisant une pellicule argentique déjà impressionnée. Le résultat est surprenant et saisissant : on entre dans un monde onirique où nus et scènes de tauromachie se mélangent à l'art religieux ou autre tableaux mythologiques. Un dialogue d'ombres, de couleurs et de formes créant une sorte d'œuvre gigogne, où le hasard donne naissance parfois à de petits miracles de composition. Dieu sais que je déteste la corrida mais 3 compositions autours des scènes de tauromachie m'ont particulièrement marquée. Ici, la figure d'un priant du tombeau des ducs de bourgogne vient rencontrer celle d'un torero, comme une personnification de la mort faisant face à son ouvrier ; là, la silhouette de saint Georges (ou saint Michel?) terrassant le dragon se superpose à la tête d'un taureau gisant vaincu, comme si l'ange venait de transpercer lui-même l'animal de sa lance; et là encore, un squelette ailé étendant ses bras au-dessus d'une foule occupée à regarder le spectacle sanglant. Aujourd'hui ce résultat serait sans doute facile à obtenir avec un logiciel adapté  mais là le miracle tient justement au jeu du hasard et de la  virtuosité dans l'utilisation de l'argentique. J'imagine l'artiste archivant ses pellicules, croquant la scène sur un carnet pour se souvenir de chaque photo, puis parcourant les musées pour trouver l'image complémentaire qui créera l'œuvre.

    A lire les commentaires laissés dans le livre d'or de l'expo, les photos de Clergue continuent de ne laisser personne indifférent. Accusé de perversion par les cul-bénis choqués par le « détournement »de peintures religieuse (comme si l'ambiguïté  sensuelle n'avait jamais été présente dans l'art sacré!) ou de « pseudo -artiste d'extrême gauche » par ceux qui disent que « ces photos n'apportent rien aux tableaux il vaut mieux aller les voir en vrai » (comme si le photographe avait décidé que finir le travail commencé par le peintre ou se devait se borner à reproduire l'existant comme dans un catalogue )... Il faut croire que les aixois sont traditionalistes !!!

    Pour ma part je me rangerai sans hésitation du côté des enthousiastes et vous encourage à aller découvrir par vous-même cette œuvre.

    Une autre expo est d’ailleurs visible encore jusqu'en janvier au musée Réatu d'Arles je compte bien aller y faire un tour prochainement !

    http://www.museereattu.arles.fr/les-clergue-d-arles.html